Imprimer

Les nitrates et l'homme, le mythe de leur toxicité


Jean et Jean-Louis L'hirondel


Editions de l'institut de l'Environnement, 142 pages  -  Bon de commande



La pollution des eaux par les nitrates est un sujet récurrent. Lorsque les médias en parlent, ils font systématiquement référence à une limite de 50 mg/l au-delà de laquelle la consommation présenterait des dangers. Le fantastique chapitre V du livre des L'hirondel nous raconte l'histoire de cette limite et de son extraordinaire capacité à se perpétuer malgré le progrès des connaissances. " Le contraste est frappant, l'influence des médias aidant, entre l'importance que la valeur quasi mythique de 50 mg/l a prise au yeux de nos contemporains et son absence totale de base scientifique. "

L'histoire commence en 1962, lorsque les experts de l'Organisation mondiale de la santé fixent une dose journalière admissible (DJA) en s'appuyant sur une étude de 1958. Très rudimentaire, celle-ci prétendait montrer un impact négatif d'un régime très fortement nitraté (50 000 mg par kilo de nourriture) sur la croissance pondérale des rats. Elle arrivait, un peu à la louche, à une dose sans effet de 500 mg de nitrate par kilo et par jour. Pour passer d'une dose sans effet à une dose journalière admissible, les experts ont appliqué un coefficient de sécurité de 100, et ont donc abouti à un chiffre de 5 mg/kg/jour. A l'époque, les connaissances sont rudimentaires et l'on applique déjà, sans le nommer, le principe de précaution tant invoqué aujourd'hui.

En 1990, le Comité scientifique de l'alimentation humaine de la Commission européenne revient sur le problème des nitrates. Cette fois, il ne cherche plus d'influence sur la courbe pondérale, mais se penche sur l'éventuelle capacité des nitrates à donner des cancers. Ce qui amène le Comité scientifique à noter : " Sans aucune équivoque, les études épidémiologiques n'ont pas réussi à démontrer un lien entre l'exposition au nitrate et l'incidence de cancers dans les populations exposées à une prise de nitrate plus élevée que la moyenne, soit dans la nourriture et l'eau de boisson, soit au cours de leur travail. " De même, les études sur les animaux se sont révélées négatives. Dans l'une d'elles, menée en 1982, des rats reçoivent pendant deux ans 2 500 mg de nitrate de sodium par kilo de poids corporel et par jour et l'on ne constate aucune augmentation de l'incidence des cancers. Avec un coefficient de sécurité de 100, on aboutirait donc à une DJA de 25 mg/kg/jour, soit cinq fois la DJA précédente. Les experts européens vont alors faire preuve d'une merveilleuse créativité administrative. A Bruxelles, il est politiquement impossible d'assouplir une norme, quelque juste que soit l'argumentation employée. Immédiatement, les lobbies écologistes crient au loup et accusent les scientifiques d'inconscience criminelle, voire de " révisionnisme " (c'est d'ailleurs le terme employé par Eaux et Rivières de Bretagne contre les L'Hirondel et leur éditeur). Pour ne pas s'exposer à de tels tracas en augmentant la DJA de nitrates, nos experts européens ont joué subtil : ils ont choisi un coefficient de sécurité cinq fois plus élevé. Ainsi, avec une dose sans effet cinq fois plus élevée, on arrive à la même DJA : 500/100 = 2 500/500 = 5 mg/kg/jour.

Cette DJA a encore été confirmée en 1995 par le même Comité scientifique de l'alimentation humaine. " Ainsi, comme des aveugles suivant des aveugles, chacune des décisions, directives ou circulaires concernant les nitrates ne fait que s'appuyer sur la précédente ; et la première décision, celle de l'OMS, qui remonte à 1962 et sert de référence, s'appuie sur un travail on ne peut plus sommaire, qui n'avait aucunement mission à servir de socle à toute la réglementation internationale.

Quant à la fameuse limite des 50 mg/l dans l'eau de boisson, elle est fixée par une directive européenne de 1980 et ne s'appuie sur aucune démonstration scientifique. C'est une décision purement administrative. Ce manque de référence scientifique est d'autant plus scandaleux que la recherche a beaucoup progressé depuis 1962. On a notamment mis en évidence, en 1985, un fait absolument fondamental pour le débat : le corps humain produit lui-même des nitrates. C'est ce que l'on appelle la synthèse endogène des nitrates. On réglemente donc sur les apports de nitrates par la boisson et l'alimentation sans prendre en compte le cycle des nitrates produits naturellement par le corps humain. C'est le même obscurantisme qui conduit à se préoccuper de doses radioactives infimes dues à l'industrie nucléaire en ignorant complètement la radioactivité naturelle, qui est des milliers de fois supérieure.

Le débat sur les nitrates rejoint par de nombreux aspects celui sur la radioactivité. Un jour viendra où l'intelligence finira par vaincre l'obscurantisme antinaturel imposé par les écologistes. On est en effet arrivé au bord de l'absurde. Et il faudra bien violer le tabou suivant lequel une norme ne peut jamais être révisée vers le haut. Ce sera sans doute avec les nitrates ou la radioactivité que le dogme commencera à s'écrouler.

Oeuvre de deux médecins humanistes, ce livre est à lire absolument. Le Pr Jean L'Hirondel, aujourd'hui décédé, a joué un grand rôle pour établir les causes véritables de la méthémoglobinémie du jeune nourrisson, due aux nitrites des biberons bactériologiquement pollués et non aux nitrates. Ayant poursuivi ses recherches sur le sujet, il explique avec son fils que non seulement la toxicité des nitrates est un mythe, mais encore qu'ils ont un rôle bénéfique pour la santé humaine

Emmanuel Grenier
FUSION N°75 - MARS - AVRIL 1999